Bruissements d'ailes
Dernière actualisation : 7 octobre 2025
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J'ai toujours détesté entendre battre mon cœur, le sentir résonner dans tout mon corps, mes membres, ma tête vibrer sur sa pulsation. Lorsqu'il se manifeste, lorsqu'il devient assourdissant, c'est bien souvent quand je désire le plus ardemment qu'il se taise. Je n'ai jamais compris ce petit mécanisme qui s'obstinait à fonctionner, qui me permettait encore et toujours de me lever, de me confronter à un quotidien dont je ne voulais plus, et que je n'ai peut-être jamais voulu. Je cherchais alors désespérément à m'arracher la peau, à l'extraire de moi, ma respiration s'emballait, mon corps se pliait sur lui-même… je m'effondrais.
Pourtant, j'ai de vagues souvenirs, enfant, contre le torse de l'un de mes parents, écouter cette sourde percussion, la laisser m'emporter, m'apaiser, jusqu'à glisser dans les bras de Morphée. Plus je grandissais, plus l'occasion de me confronter à ce son extérieur se raréfiait. Au fur et à mesure, il n'y avait plus que le mien qui se faisait entendre, bien trop fort, clairon annonciateur de tempête, de bataille contre moi-même ; il présidait chaque crise, rythmait chaque chute. Quelquefois, lors d'une étreinte plus emprunte d'émotions, je ressentais contre moi le cœur de l'autre, il me frappait et je me disais bêtement "ah oui, tiens, je ne suis pas le seul à en avoir un". Nous en avons tous un, qui danse sur sa propre cadence, et qui, parfois, s'harmonisent entre eux.
Ce son ténu, si simple en soi, recèle à mes yeux la plus grande magie. Par cette si fragile sensation, nous pouvons prendre pleinement conscience de l'existence de quelqu'un. N'est-ce pas fabuleux ?
Imaginez-vous la beauté de l'instant ? Un être qui vous est cher, mais à qui vous n'avez pas forcément l'occasion de le témoigner, vous fait assez confiance pour vous laisser approcher. Vous vous lovez auprès de lui, votre oreille se pose contre son torse. Vous restez tous les deux dans cette position en silence, chacun savourant la présence de l'autre sans ressentir le besoin de l'exprimer par des mots. Vous vous sentez bien. Et soudain, timidement d'abord mais s'affirmant de plus en plus, un petit bourdonnement vous parvient. Vous concentrez votre attention dessus. Le bourdonnement devient une douce palpitation, régulière, ni rapide, ni lente, seulement persistante. Et cette calme pulsation, c'est la chanson de cet être qui vous accueille près de lui, c'est la merveilleuse musique qui atteste de sa vie, qu'il est bien là, réel, que vous êtes avec lui, que ce n'est pas un rêve, ni une illusion qui se brisera, non, il est bel et bien là. Comment est-ce possible ? Comment puis-je assister à quelque chose de si beau ? Comment puis-je écouter quelque chose de si bouleversant ? de si magique ? Vous rendez-vous compte de tout ce qu'implique ce petit bruit de tambour ? J'aimerais apprendre cette partition par cœur, en connaître toutes les nuances, la chérir comme le plus grand des trésors, l'écouter, encore et encore, la parer de mes larmes, l'illuminer de mes sourires, l'envelopper de mon amour, et toujours la remercier d'être là, et de continuer.