Chanter ou danser en mémoire de quelqu’un

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Elle s’élança. Ses pas tombaient comme les rebonds d’un galet sur l’eau. Là où elle se posait le sol s’illuminait, et résonnait une note, un son, un bruit. Strident d’abord, comme un cri déchirant le silence. Mais les lumières naissaient, les couleurs s’enchaînaient... elle allait. Elle virevoltait. Ce cri, ce bruit, ces sons, ses notes formaient une voix, des voix, des mots, un sens, une silhouette, un portrait. D’autres pas apparaissaient suivant les siens. Elle continuait, emportée. Cette meneuse de lucioles prenait son envol, la mélodie évoluait dans le même temps, l’entourait, la portait. L’autre dansait aussi. Elle déplia ses bras gracieusement, et de ses mains laissa se dérouler de longs rubans, qu’elle retint par leur bout. Ses ailes déployées la musique s’accéléra, les voix devinrent orange, jaune, rouge, blanc… et dans ce flamboiement l’autre dansait, aussi. Elle se mouvait toujours, parfois semblant s’écrouler sur elle-même, puis se relevait éclatante et son parquet devenait le ciel. Les nuages se teintaient de jaune et de bleu, dérivaient lentement sur cette mer azur et noir. Son corps animé incarnait tout à la fois les sanglots et le rire, et c’était avec ces rayons sensibles qu’elle composait sa partition, sur lesquels elle disposait ses notes. Le chœur reprenait de plus belle, comme un murmure envoûtant évoquant des images floues, des souvenirs. Pendant ce temps, l’autre dansait aussi. Elle vivait pleinement ce moment, elle se prêtait entière à ces notes, cette voix, ce portrait. Elle le vivait et invoquait ce passé. L’autre dansait. Elle sautait, la mélodie la rattrapait, les lumières sursautaient. L’autre dansait. Délicatement, elle se posa, ses ailes s’ébrouèrent, elle s’arrêta. La pluie troublait timidement le silence. D’un mouvement gracile, elle se retourna. L’autre l’attendait. Il tendit sa main, elle y déposa la sienne. Et dans cette chambre vide, pleine de poussière, naquirent deux sourires splendides. 

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