La Réalité

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En sortant du Rêve, nous nous rendons compte que, justement, ce n'est que le Rêve, et au dehors nous attend la Réalité. Dure, froide, lamentable. Une douleur soudaine me prend, des larmes coulent le long de mes joues. Le retour est parfois brutal... Souvent, même. Toujours. Mais soit, relevons-nous. Regardons autour de nous. Laissons promener notre regard sur ce bureau terne. C'est sûr, il y a moins de paillettes de ce côté-ci du monde. Mais qu'importe, rajoutons-en. J'effleure les pages de mon carnet. Il est ouvert devant moi. La page de gauche est barbouillée de mots semblant se perdre et se heurter les uns aux autres, bouleversés de se rencontrer dans ce profond chaos. La page de droite est blanche. Rien. Le néant. Je ne saurais pas exprimer ce qui me terrifie le plus. Je détourne le regard. Il a l'air de faire beau, dehors. Sortons. Comme d'habitude, je marche sans vraiment savoir où je vais. Quelle importance.

Il fait vraiment beau dehors. Le temps est doux. Je renverse ma tête en arrière, la vue du ciel m'étourdit, le vent fait voler mes cheveux dans tous les sens. Je dois encore ressembler à une folle. Marchons.

La Réalité, je ne sais pourquoi, mais j'ai l'impression que nous l'associons à quelque chose de dur, rigide. Pourtant je la trouve très malléable. Elle est à la fois infini et limitée... C'est quelque chose de simple, de compliqué...

Quand je suis dehors, tout me paraît plus beau, un rien m'émerveille, me fascine, ma Réalité semble splendide. En vérité, je ne fais que fuir mon intérieur, délabré, lugubre...

La Réalité, contrairement au Rêve, est plus subie que contrôlée. Nous évoluons à travers elle, nous y sommes bien obligés. Nous la façonnons, certes, ne nous enlevons pas toutes nos responsabilités.

La Réalité, c'est un peu comme notre reflet dans le miroir. Il est là, nous n'y pouvons rien. Nous pouvons le grimer, pour qu'il nous paraisse plus joli. Nous pouvons l'accepter, tous les jours y faire face, ou bien s'en détourner... peu importe notre attitude, il demeure. Et de ce simple fait, sa nature se fait plus triste.

La Réalité est un cheval. Plutôt un âne. Oui, je préfère les ânes.

La Réalité propose son lot de voyages elle aussi, mais alors survient la notion de prix. Eh oui. Dans la Réalité, il faut "gagner sa vie". Cette expression, ma foi très courante, me révolte. Comment cela, nous devons gagner notre vie ? Ne l'avons-nous pas déjà ? Et que sommes nous, avant d'avoir gagné notre vie ? Et comment savons-nous quand nous l'avons gagné au juste ? Comment faisons-nous pour la gagner ? En se tuant à la tâche ? Très amusant. Mais tout ceci est un autre sujet, que nous aborderons peut-être plus tard.

Revenons à la Réalité.

La Réalité nous semble sans doute bien morne, puisque nous ne pouvons nous empêcher de la romancer.

La Réalité, c'est la pluie qui permet l'arc-en-ciel du Rêve. Elle donne vie, elle donne corps au Rêve. C'est elle qui crée sa raison d'être. C'est un brouillard, fait de milliards de gouttelettes d'eau, reflétant chacune la vie d'une créature. Un brouillard magnifique, chaotique, sensible.

Elle est d'une chaleureuse froidure, vide d'être trop remplie, éternelle et mouvante. Elle est fascinante, effrayante, très terre à terre. Nous la détestons d'un amour tendre. Compagne de notre quotidien, nous lui sourions, certains audacieux se permettent un clin d'œil. Finalement, la Réalité, c'est une amie un peu grise, peu sûre d'elle, à qui il ne faut pas avoir peur de lui apprendre la magie des autres couleurs.

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