Une bêtise pour se faire remarquer
Publié le 30 janvier 2026
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J'ai toujours voulu détruire avant d'être détruit. Briser ce à quoi je tenais le plus avant que ma peur de le perdre ne se réalise. Il fallait que ce soit moi qui provoque la fissure, qui invoque la haine de ma propre volonté avant qu'elle naisse chez l'autre sans que je puisse avoir un quelconque pouvoir dessus. Mes biens les plus précieux ont toujours été mes liens avec les autres, ils étaient donc ma première cible. Je saisissais un fil, l'observais, évaluais ces failles, ces fragilités, et de là commençais à concevoir un plan, une stratégie pouvant mener à coup sûr à sa rupture. Il apparaissait souvent que je n'étais pas bon stratège, ou que l'adversaire était trop fort pour plier. Une part de moi en sortait toujours un peu frustrée. Pour autant, j'édifiais intérieurement la conviction d'être une figure du mal, de là naissait un certain orgueil, venant remplir le trou béant de mon ego. Ce fut dans cette direction artistique que mon comportement s'inscrivit au fil du temps. J'agissais sournoisement. Ma victime me trouvait, je fournissais du terreau pour la graine, une tige poussait. Je regardais, fasciné, se former le premier bourgeon. Il était si beau, si prometteur. Dans le même temps, je préparais le poison, fourbe, insidieux, qui viendrait flétrir la fleur, notre fleur. C'étaient des mots, prononcés, insinués, des regards, un mépris joué, des réactions absurdes. Je voulais qu'une ronce vienne enserrer cette créature, de peur de la voir mourir. Je voulais la noyer, l'achever avant même d'apercevoir des signes de faiblesse. Mais à peine cette tige épineuse émergeait que ses pointes formaient de nouveaux bourgeons, plus gros, plus vivants encore. Ils explosaient en couleurs vives, couvraient mes yeux de pétales, emplissaient mon cœur de peur et de joie. Je contemplais mon échec et j'en étais terrifié et heureux.