La Coupe du Monde 1934: Quand la Politique s'en mêle

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Contexte politico-social

1934 est une année assez bâtarde dans l'Histoire de l'humanité. La combinaison des contraintes liées au Traité de Versailles et la crise économique qui bat son plein a eu raison de la patience du peuple allemand. Un vil serpent a senti l'opportunité et est monté au pouvoir en 1933. L'Espagne se prépare à vivre l'un des épisodes clés de son existence avec la Révolution asturienne. En Amérique du Sud, la situation n'est guère meilleure, notamment au Brésil où un certains Getulio Vargas prend le pouvoir quatre ans plus tôt. Le monde affronte une succession de crises successives qui sont malheureusement que trop ignorées ou trop banalisées par les pouvoirs politiques démocratiques.

Cette négligence ne date cependant pas de cette période. Faisons un bond dans le temps, le 28 octobre 1922. La Marche sur Rome débute avec à sa tête un charismatique journaliste expulsé du PSI (le Parti Socialiste Italien) pour ses idées militaristes et nationalistes, le tristement célèbre Benito Mussolini. Croyez-le ou non, il était à la base antimilitariste, ayant même été emprisonné pour avoir manifesté contre la guerre en Libye en 1911. Mais la Première Guerre Mondiale est arrivée, et avec elle le fameux Traité de Versailles. Les italiens sont furieux. Ils estiment que les avantages liés au Traité de Londres, engageant l'Italie dans la Guerre contre des promesses territoriales, notamment les régions autrichiennes du Tirol, ne sont pas respectés, et à raison. Les négociateurs italiens se heurtent à un mur nommé Woodrow Wilson, et une profonde amertume s'installe dans le camp transalpin. Les italiens estiment que plus de 600.000 soldats ont été envoyés à l'abattoir pour rien, alors que le pays était neutre lors du début du conflit (La Première Guerre Mondiale est dénommée "15-18" en Italie). L'écrivain Gabriele D'Annunzio décrit dans un article cette victoire comme mutilée. Et c'est sur base de cette "victoire mutilée" que Mussolini s'empressera de créer le parti fasciste. Ses idées ont évolué d'antimilitariste à militariste. Il va instaurer une politique populiste, totalitariste et profondément nationaliste, toujours en s'inspirant des écrits de D'Annunzio.

En 1934 cependant, l'Italie et l'Allemagne nazie ne sont pas alliées, loin de là. Mussolini va même qualifier Hitler de "pervers sexuel" et "pédéraste". Ceci est d'ailleurs salué par D'Annunzio, fasciste certes, mais profondément anti-nazi. Ce n'est que vers 1937-38 que Mussolini estimera qu'avoir Hitler dans son camp est mieux que de l'avoir dans le camp d'en face. Les déboires n'en sont pas moins importants. Le fascisme préconise le contrôle de la pensée: si tu penses comme l'État, tu es sauf. Si tu penses le contraire, alors ils feront en sorte que tu penses comme l'État. Un climat de crainte s'installe, mêlée d'insouciances. Le pouvoir manigançait la plupart du temps dans l'ombre: dissimuler les aspects négatifs est un bon moyen de mettre les aspects positifs en avant. Notamment, il est dit que l'on pouvait dormir portes et fenêtres ouvertes: personnes ne serait entré voler quoi que ce soit, par crainte de représailles. Mais à quel prix? Des millions d'Italien vivent soit dans la peur, soit dans l'adoration du Duce. Son emprise psychologique sur le pays est sans pareille. L'Italie restera encore longtemps prisonnière de cet effrayant mécanisme. Depuis 1924 et l'assassinat controversé du député Giacomo Matteotti, l'Italie n'est pas un endroit recommandable pour les autres nations.

Ce sont sur des bases tendues que la Coupe du Monde 1934 va prendre place.

Organisation

Qui l'eut cru? À peine âgée de quatre ans, la Coupe du Monde va servir pour la première fois, et non la dernière fois, comme propagande à un régime politique nationaliste. La désignation ne fut pas pour autant facile, le conseil de la FIFA s'étant réuni huit fois pour tenter de désigner le participant entre l'Italie et la Suède. Finalement, la Suède décide de se retirer et la FIFA désigne le pays transalpin pour l'organisation. Il est suspecté que le jeu d'influence de Mussolini ait joué en sa faveur.

Ce dernier obtient ce qu'il n'a pas obtenu en 1930. Il va pouvoir organiser la Coupe du Monde dans le but de mettre sa politique en avant. Il rêve de rétablir l'image d'une Italie "à la Romaine", avec les  la virilité et l'honneur en première ligne, telle que la Rome Antique est dépeinte dans les arts. Et évidemment, à l'instar des jeux, le sport occuperait une place centrale. Il est donc impérial pour le Duce que cette compétition soit parfaite, et il serait idéal que l'Italie la remporte.

Huit stades sont construits ou rénovés pour accueillir la compétition. Le plus grand est à Turin: il s'agit du Stade Benito Mussolini, 70.000 places, inauguré en temps record en 1933 et aujourd'hui connu comme le Stadio Communale Grande Torino, le stade actuel du Torino avec moitié moins de places. Mussolini et la Fédération italienne aimeraient éviter ce qui s'est passé avec le Centenario en 1930, terminé quatre jours avant le début de la compétition. Dommage que ce stade ne sera utilisé que deux fois lors du tournoi, dont lors d'un quart de finale entre la Suisse et la Tchécoslovaquie qui n'attirera que 12.000 personnes. S'ajoutent à Turin les stades de Rome, qui n'existe plus aujourd'hui, Bologne, Florence, Trieste, Naples (lui aussi disparu), Gênes et évidemment le San Siro de Milan (55.000 places à l'époque, et bien différent de ce qu'il est actuellement).

Pour la première fois, des qualifications sont actées, contrairement à la première édition dont la participation requérait une invitation de la FIFA. 32 équipes s'inscrivent et participent à cette phase qualificative, dont le pays hôte. 

Qualifications

Les inscriptions ne sont pas de tout repos. Suite au boycott de la Coupe du Monde 1930 de la part des équipes européennes (dont l'Italie), l'Uruguay refuse de venir. Ils avaient une excuse toute trouvée: si le voyage long et coûteux, même avec les frais pris en charge par la fédération uruguayenne, était une excuse suffisante pour ne pas venir en Uruguay, alors il est logique que le chemin inverse, non payé par la Fédération Italienne (malgré les 3.5 millions de lire investis) soit une excuse valable pour ne pas venir en Europe. Mais les Uruguayens sont francs et balancent clairement les motifs de la non venue. Mais pour certains, il s'agit de balivernes inventées pour dissimuler le fait que l'équipe était vieillissante et qu'elle n'avait plus le splendeur d'antan, ajouté à l'économie précaire du pays et la crainte que certains joueurs ne reviennent plus d'Europe. Qui a raison? Personne ne saura jamais la réponse. C'est à ce jour l'unique fois que le Champion en titre ne participe pas à l'édition suivante de la compétition. L'Angleterre aussi est absente et elle le sera jusqu'en 1950.

Les places qualificatives s'organisent comme suit: 12 places pour les équipes européennes, 2 places pour la zone sud-américaine, 1 place pour la zone nord-américaine et d'Amérique Centrale associées aux Caraïbes,  et une place pour la zone Afrique-Asie.

Dans la zone Europe, 8 groupes sont déterminés, pour 21 équipes. Le groupe 1 voit la Suède s'imposer contre la Lituanie et l'Estonie. Le match entre ces deux équipes ne fut jamais disputé car elles étaient déjà éliminées. Le groupe 2 vit un duel Espagne-Portugal (groupe est un bien grand mot, j'en suis conscient), d'abord dominé par les espagnols 9-0 au Chamartin de Madrid (le Bernabeu actuel), avec un quintuplé de Lángara , le meilleur buteur de l'Histoire du Real Oviedo. Le retour au Da Luz voit une victoire plus serrée des espagnols (1-2) avec doublé du même Lángara.

Le groupe 3 voit l'Italie s'imposer 4-0 sur la Grèce, puis gagner par forfait le match retour, les grecs étant découragé par la large défaite du match aller. Le groupe 4 voit, comme le groupe 1, trois équipes s'affronter. La seule différence réside dans le fait qu'il y a deux places qualificatives et non une. De ce fait, l'Autriche et la Hongrie se jouent de la Bulgarie et se qualifient sans même devoir s'affronter (ce qu'elle ne feront pas d'ailleurs). Quelle bizarrerie vous me direz. En réalité, le groupe 1 était l'exception: il était le seul groupe à trois équipes à n'offrir qu'une place au mondial.

Le groupe 5 est un duel Tchécoslovaquie-Pologne sous fond de tension liées à des désaccords sur la frontière entre les deux pays. La Tchécoslovaquie remporte le match aller 1-2 chez les polonais tandis que la Pologne déclare forfait pour le match retour, le gouvernement interdisant à l'équipe de se déplacer en Tchécoslovaquie en raison du désaccord sus-cité. La Suisse et la Roumanie disposent de la Yougoslavie dans le groupe 6. Le match Suisse-Roumanie (2-2) est particulier, car la Roumanie a aligné un joueur ne pouvant pas être sélectionné (l'Équateur n'a rien inventé). Les roumains acceptent la défaite 2-0 sur tapis vert, sans conséquences pour les roumains. Le groupe 7 voient les Pays-Bas et la Belgique se qualifier aux détriments de l'Irlande et le groupe 8 voient l'Allemagne et la France écraser tour à tour le Luxembourg.

En Amérique du Sud, c'est encore plus particulier. Le Brésil doit affronter le Pérou, et l'Argentine le Chili. Or, Pérou et Chili déclarent forfait, ce qui résulte en la qualification des brésiliens et des argentins sans devoir jouer un seul match. L'autre zone américaine propose, quant à elle, un mini-tournoi à quatre entre les États-Unis, le Mexique, Haïti et Cuba. Mais attention, les cerveaux vont avoir une crampe. Le premier tour voit s'affronter Cuba et Haïti dans une triple confrontation (un Best-of 3 si vous préférez). Cuba se qualifie (2 victoires, 1 nul). Au second tour, Cuba affronte le Mexique dans une nouvelle confrontation de trois matchs. Le Mexique se qualifie (3 victoires) en finale, perdue en match unique face aux États-Unis sur le score de 4-2. Ceci est surtout dû à l'inscription tardive des USA à la compétition. Ce match s'est d'ailleurs déroulé... à Rome, trois jours avant le début de la compétition. La Zone Afrique-Asie est également bordélique. On y retrouve l'Égypte, la Turquie et la Palestine mandataire. La Turquie déclare forfait avant le début du mini-championnat qui se transforme en un duel aller-retour entre les nations restantes: 7-1 pour l'Égypte au Caire, qui réitère le succès de l'aller 1-4 à Jérusalem. Les 16 équipes qualifiées sont connues. 

Le tournoi

Exit les phases de poules suivies d'une phase à élimination directe comme en 1930. Enter un tournoi à élimination directe à 16 équipes (1/8 - 1/4 - 1/2 et finale). Tous les huitièmes de finales se déroulent à 16h30 le 27 mai 1934. Il est donc compliqué de vérifier si la synchronicité des matchs a été respectée à la lettre, mais il est sage d'affirmer que le premier but officiel du tournoi appartient à l'argentin Belis, qui l'inscrit dès la quatrième minute lors du duel contre la Suède.

Dès le premier match de l'Italie, on sent la ferveur populaire qui la suit. Mais on sent également la pression qui habite l'équipe: le Duce acceptera-t-il l'échec? Ce dernier est excessivement content du périple italien aux JO de Los Angeles en 1932. Il avait choisi personnellement les athlètes comparés aux éditions de 1924 et 1928, et l'Italie ne s'était jamais aussi bien représentée à l'internationale. Dorénavant, ce niveau de perfection devait être maintenu. Et ceci ne s'est pas vu en lors de la Coupe Internationale Européenne de 1932, la team finissant deuxième. L'équipe affronte les États-Unis et la pression, paradoxalement, n'a pas l'air de les déranger pour ce premier match: 7-1. L'équipe s'articule autour de la grande Juve des années 30. En 1929, le championnat italien se réforme et adopte une formule similaire à celle connue aujourd'hui. L'Ambrosiana Inter (qui perdra l'appellatif Ambrosiana au fil des ans) remporte le premier championnat, puis une machine de guerre se met en marche. Le premier des nombreux cycles victorieux de la Juventus se met en marche. De 1930 à 1935, elle figure parmi les plus fortes équipes européennes et est très certainement la meilleure équipe italienne, remportant cinq championnats consécutifs sous la direction de Carlo Carcano (un record qui ne sera battu que 75 ans plus tard). L'équipe envoie certains joueurs très forts comme le jeune Felice Borel, l'un des meilleurs gardiens du monde en Giampiero Combi, le grand Giovanni Ferrari, l'agile Raimundo Orsi et un géant du nom de Luis Monti. Luis Monti? Le même Monti que celui de l'Argentine en 1930? Lui-même. En 1930 il part en Italie jouer pour la Juventus et prend la nationalité italienne, devenant ainsi un oriundo. 

Le terme oriundo se réfère à toute personnes italiennes émigrées et vivant hors d'Italie, ainsi qu'à la descendance de cette personne. Et ce, peu importe le pays (je serais un oriundo moi aussi, en suivant cette définition). Mais dans le langage footballistique italien, ce terme désigne une personne d'origine italienne revenant au pays jouer, prenant la nationalité ou pas. Ce terme est aussi utilisé en Espagne. Monti est donc l'un d'entre eux, ainsi que Orsi déjà cité, et Enrique Guaita, joueur de l'AS Roma convoqué également. L'équipe se complète avec l'ajout d'Angelo Schiavio, légende du Bologne, et de Giuseppe Meazza, énorme légende à qui le San Siro est intitulé. La convocation des oriundi suscite un vif débat dans l'Italie nationaliste. Mais le coach, Vittorio Pozzo est catégorique: se basant sur le fait qu'ils pouvaient s'engager dans l'armée s'ils le voulaient, il déclare que "s'ils peuvent mourir pour l'Italie, ils peuvent jouer pour l'Italie". Pozzo est un brillant entraîneur, le plus gagnant de l'Histoire de la nationale italienne. Il a pour adjoint Carlo Carcano, le même entraîneur de la Juventus qui a terminé sa quatrième et dernière saison au sein du club turinois. Ensemble, ils innovent le WM de Chapman en WW, qu'ils nomment metodo ou sistema. La différence réside en abaissant la position de deux défenseurs centraux et en faisant monter le troisième pour qu'il soit plus impliqué au milieu de terrain. On peut considérer cette formation comme l'ancêtre du 4-3-3, bien qu'elle soit assez différente.

Le reste des huitièmes se passent bien pour certaines favorites comme la Hongrie, disposant de l'Égypte (4-2) et l'Autriche, venant difficilement à bout de la France au bout des prolongations (3-2). L'Autriche est une des meilleures équipes du monde. C'est la Wunderteam, la meilleure équipe ayant jamais été alignée par la nationale autrichienne. L'équipe s'axe sur les deux grandes équipes de Vienne, l'Austria et le Rapid. Et les deux stars des deux équipes sont dans la team. Aux côtés de Wagner, Urbanek et Horvath, un duo monstrueux jouait ensemble. Le premier, du Rapid de Vienne, le premier ou second meilleur buteur de l'Histoire du football en rencontre officielle, Josef Bican. Le second, depuis l'Austria Vienne, selon beaucoup le meilleur joueur de l'Histoire de l'Autriche, Matthias Sindelar. Sur l'ensemble de leur carrière, ils ont inscrit plus de 1400 buts officiels. L'Autriche joue bien et, même si elle éprouve des difficultés face aux français, est considérée comme l'une des grandes favorites pour la victoire finale. Le destin de cette équipe sera tragique malheureusement, surtout celui de la vedette Sindelar, mais je laisse cette partie de l'histoire pour une prochaine fois.

L'Argentine et le Brésil sont surprenamment éliminés... Ou pas. En guise de protestation pour 1930 eux-aussi, à l'instar de l'Uruguay, les deux fédérations décident de tout de même participer mais envoient les équipes réserves. Résultats: Espagne-Brésil 3-1 et Suède-Argentine 3-2. Mais dans les rangs brésilien joue, et marque, un joueur dont on entendra beaucoup parler quatre ans plus tard, en France. Son nom est Leônidas, et il s'apprête à émerveiller le monde de ses prouesses.

Le reste des résultats voit l'Allemagne, qui joue avec le drapeau nazi, battre la Belgique 5-2, la Tchécoslovaquie battre la Roumanie 2-1, et la Suisse battre les Pays-Bas 3-2.

Les quarts de finale se jouent tous à 16h30 le 31 mai. L'Allemagne s'impose face à la Suède 2-1. L'Autriche dispose de la Hongrie sur le même score. La Tchécoslovaquie renvoie la Suisse chez elle sur le score de 3-2. L'Italie quant à elle éprouve de grosses difficultés à battre l'Espagne de Zamora et Lángara. Le premier match, à Florence, se termine 1-1 après les prolongations (Regueiro et Ferrari pour les buteurs). Les tirs au but n'existant pas, il est obligatoire de rejouer le match. Il se tient dans la même ville, à la même heure, le lendemain. Un but de Meazza permet à l'Italie de se qualifier et de rencontrer en demi-finale l'Autriche.

Les premières polémiques commencent en quart. Déjà lors du premier Italie-Espagne, le but de l'égalisation fut vivement contesté en raison d'une faute de Meazza sur Zamora. Ce dernier se blesse pendant le match et ne peut jouer le replay. Sur ce match, les espagnols lamentèrent un but annulé selon eux injustement. Les italiens, eux, protestèrent vivement pour une faute sur Schiavio qui aurait pu offrir à la Nazionale un pénalty très bienvenu. On commence déjà à dire que l'équipe italienne était favorisée par l'arbitrage, ce qui agacera beaucoup Vittorio Pozzo, qui lui croit plus que tout le monde en la force de son équipe. Mais on sent que le Duce, par corruption ou la peur, influence le déroulement de cette Coupe du Monde. Côté italien, la défense se fait à coup de "ces accusations, c'est de la propagande anti-fasciste". La demi-finale n'arrangera rien. Deux des meilleures équipes européennes du moment s'affrontent en demi-finale. L'Italie s'imposera grâce à un but de Enrique Guaita. Mais encore une fois, une faute sur le gardien de Meazza fut déplorée par l'équipe adverse. Le problème, c'est qu'il n'y avait pas de faute: le gardien autrichien lâche le ballon, Meazza le vole et se fait stopper par le gardien qui restera à terre également. La presse italienne (contrôlée par Mussolini, quelle surprise!) et les autres continuent cette guerre médiatique entre favoritisme et propagande anti-fasciste. Dans l'autre demi-finale, la Tchécoslovaquie s'impose sur l'Allemagne sur le score de 3-1, avec notamment un triplé de Oldřich Nejedlý, légende du Sparta Prague.

La finale

La finale est actée. Rome, 10 juin 1934, Italie-Tchécoslovaquie. Mais avant, ça, à Naples le 7 juin se décide pour la première fois qui arrivera troisième. Le Wunderteam autrichien affronte les allemands... et perd 3-2. Cette défaite synonyme de quatrième place est dure à digérer, d'autant plus au vu de ce qui arrivera quelques années plus tard entre ces deux nations.

Je n'ai pas trop parler de la Tchécoslovaquie. Après avoir battu la Pologne en qualification, elle n'a eu aucun mal à se débarrasser de ses adversaires, mis à part la Suisse qui fut éliminée après un match très combattu. Le coach, Karel Petrů, a réuni une belle équipe. Antonín Puč, František Svoboda, Jiří Sobotka et le meilleur buteur de la compétition, Oldřich Nejedlý, sont près à en découdre. Ces joueurs ne vous disent peut-être rien, mais ils font partie de la crème des joueurs de football de leur temps. Il va sans dire que cette équipe tchécoslovaque aborde cette compétition comme une des favorites, si ce n'est la favorite.

L'arbitrage est confié au suédois Ivan Eklind, un choix qui suscita de vives polémiques après le match, au vu des sympathies non dissimulées de ce dernier envers le régime fasciste. De la Tchécoslovaquie vinrent deux trains pleins de supporters, prêts à encourager leur équipe. L'Italie se prépare sereine pas loin de Rome, et assiste même la veille de la rencontre à une rencontre de Coupe Davis entre l'Italie et la Suisse. Mais la sérénité sera de courte durée...

Sous les 40° du ciel romain, dans le Stadio Del Partito Fascista, les équipes entrent sur le terrain devant une tribune d'honneur composée de Benito Mussolini en personne, Jules Rimet en tant que président de la FIFA, et les princesses Maria Francesca et Mafalda de Savoie, la famille royale italienne toujours en fonction malgré les pleins-pouvoirs à Mussolini (ce qui favorisera la naissance de la République Italienne après la guerre). C'est aussi le pourquoi de la présence de l'emblème des Savoie sur le drapeau italien malgré la présence du Duce, et indirectement de la couleur bleue des maillots italiens (associée à ce même emblème). La presse internationale n'a pas de doute sur le favori: la Tchécoslovaquie. Elle redoute cependant que l'Italie, selon elle trop souvent aidée lors de la compétition, remporte le match et offre ainsi une occasion en or à Mussolini de montrer la supériorité du fascisme sur les autres régimes.

Luis Monti, titulaire également lors de la finale, devient par ailleurs le seul (et le restera à mon avis) joueur à avoir disputé deux finales de Coupe du Monde avec deux équipes différentes. Il a une revanche personnelle à prendre après la défaite douloureuse de l'Argentine en Uruguay quatre ans plus tôt.

Le match est, comme prévu par la presse, une domination tchécoslovaque pendant de longues minutes. Celle-ci prend deux poteaux avec Puč et Sobotka. Meazza et Schiavio tentent de répondre sans succès. L'Italie est vraiment nerveuse et ne joue pas comme elle voulait vraiment le faire. À la 71' la douche froide s'abat sur le pays: Puč bat d'un tir tendu à ras de terre Combi et porte son équipe en avantage. Le match s'emballe et la Tchécoslovaquie manque le deux zéro, avec dans un premier temps Sobotka qui rate un goal déjà fait devant des cages sans gardien, et dans un second temps avec un énième poteau de la part de Svoboda cette fois-ci.

Entre alors Vittorio Pozzo. Celui-ci, voyant son équipe nerveuse et fatiguée, décide de changer les positions de Schiavio, épuisé par la chaleur et les duels avec les défenseurs tchécoslovaques, et de Guaita. Les schéma défensifs tchécoslovaques doivent être modifiés en conséquence. Pozzo quitte même son banc, et pour encourager ses joueurs, se place derrière le but tchécoslovaque (c'était sûrement permis à l'époque, la zone technique des entraîneur n'existant pas). Et la stratégie paye car à la 81' Orsi envoie un tir à effet depuis la limite de l'axe de pénalty qui vient mourir dans les buts adverses. Ce but donne du courage aux italiens alors que les prolongations se rapprochent petit à petit. Dès le début des prolongations, on sent que le vent à changé. Dès la 95', les deux hommes que Pozzo a interverti plus tôt confectionnent le but du 2-1: Guaita sert Schiavio dans l'axe de pénalty, qui contrôle, pivote et envoie un tir à ras de terre qui bat le gardien František Plánička, un des meilleurs de son époque. Un peu à cause de l'émotion et un peu à cause de la chaleur, Schiavio s'évanouit peu après le but: il sera réveillé à coup de baffes par Meazza et Pozzo. Le moral tchécoslovaque est dans les chaussettes à partir de là, et ils ne reviendront plus. L'Italie est championne du monde chez elle, à l'instar de l'Uruguay en 1930.

Les conséquences

Mussolini a réussi. La Coupe du Monde, qui a eu un très bon succès, a servi de vitrine efficace à son régime. Ceci en inspirera plus d'un, Getulio Vargas certainement et peut-être Adolf Hitler pour les controversés Jeux Olympiques de Berlin deux ans plus tard. La presse crie au scandale et accuse l'arbitre de corruption. Elle accuse également Mussolini d'en être l'instigateur, ayant demandé à l'arbitre de favoriser l'Italie tout au long de la rencontre.

Celui qui en reste assez mécontent est Vittorio Pozzo. Il est convaincu que l'équipe est la principale protagoniste de cette victoire et non les éléments extra-sportifs possiblement impliqués. Il ne s'est jamais déclaré ni anti-fasciste ni fasciste, et selon certains journalistes qui ont écrit sur lui, il était l'homme qu'il fallait dans ce climat tendu, il a toujours cru en ses gamins, allant même à défier la presse pour convoquer des oriundi dans une Italie profondément nationaliste. Il prendra sa revanche très bientôt, quatre ans plus tard pour être précis.

Mais l'Italie a-t-elle vraiment été aidée? Personne ne le saura jamais vraiment, même si les indices tendent en ce sens. Mais il n'existe pas une équipe sainte parmi les équipes qui ont remporté la compétition chez elle, que cela soit dans le passé (l'histoire de ballons lors de la finale de 1930 n'a pas cessé de faire polémique, par exemple), ou à l'avenir. Ce qui reste cependant, c'est une équipe qui était forte et souvent injustement décrédibilisée pour cette victoire, même dans son propre pays. Il est clair que dans ce climat tendu, elle a surement bénéficié d'aide arbitrale, mais il ne faut pour autant pas affirmer qu'elle n'avait aucune chance. Car l'avenir va prouver que cette équipe deviendra la plus forte d'Europe pendant encore quelques années.

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